jeudi 10 novembre 2011

LES DINOSAURES DU ROCK -Stephan Rossato-Editions Mare Nostrum-Genève-2004-

Un Suisse vraiment atypique a écrit ce précieux bouquin de 1184 pages, concernant 500 artistes plus ou moins Pop-Rock, du monde entier, c'est un boulot énorme pour un seul auteur, surtout avant 2004.
Il fait une analyse musicale tout en soulignant les relations avec le cinéma, la mode et les mouvances sociales. Il analyse aussi les divers courants musicaux, pays par pays, de l'Allemagne au Venezuela, en passant par le Chili, l'Uruguay, l' Italie ou l'Estonie...et en faisant la part belle aux artistes Français. Les années 1960 et 1970 sont naturellement privilégiées, c'est l'âge d'or du Rock .
Ce n'est pas un bouquin de plus sur le Rock, parce que l'auteur est un passionné, donc il est de mauvaise foi, et la mauvaise foi c'est quand même ce qui caractérise les passionnés de rock'n'roll !!! L'auteur nous explique que M.Jackson, n'a pas sa place dans ce livre parce qu'il n'est pas Rock, et je suis bien d'accord avec lui...par contre il consacre plus de quatre pages à S.Vartan dont il doit être plus ou moins amoureux. Ah! The yeah yeah girls from Paris!!!!!!
Les choix sont totalement subjectifs "Plus on pense de façon objective moins on existe "! Des artistes populaires sont bâclés en une page, et des groupes "underground" sans concessions, ou des princesses pop évanescentes et anonymes des sixties s'étalent sur trois ou quatre pages .
Des artistes que j'adore, Robert Wyatt, Van Morrison, Kevin Ayers sont absent du Dico, les Kinks sont bâclés en deux pages! Le plus sérieusement du monde Dylan est traité de "grosse arnaque artistique" . Il fallait oser, mais c'est la loi du genre !
Contrairement à la presse rock généraliste, il met aussi à l'honneur les genres mal aimés; le Progressif, les groupes de série b ou z de tous pays, la variété pop , la "pop" Française et les yéyés girls . Pour lui les yéyés girls sont parfois plus intéressantes que bien des groupes "rock" . J'adore ce genre de parti pris .
Oubliez tous vos préjugés sur le Rock et la variété en lisant ce "Dictionnaire", un livre de chevet .Yeah !

mardi 16 août 2011

Steve Dalachinsky and The Snobs - Massive Liquidity


Steve Dalachinsky and The Snobs

"Massive Liquidity"- An unsurreal post-apocalyptic anti-opera in two acts -

(Bambalam.Records/September 2011)

After one of the best Acid Mothers Temple’s records called "Cometary Orbital Drive", french label Bam Balam.Records comes back this year with a new collaboration between new-york beat poet Steve Dalachinsky and french art-rockers The Snobs. Dalachinsky plays with words like models William Burroughs or Allen Ginsberg did few decades ago: using cut-up and automatic writing, he creates new meanings. Not only a writer, Dalachinsky performs regurarly with free-jazz musicians and friends to give his text a new life. You can see the poet at work, how he breaks the rules of the language to create his own and how he embodies his words to converse with the sound of a saxophone or a double bass.
"Massive Liquidity" is the result of a Bam Balam.Records’ wish to hear the deep and mysterious Dalachinsky’s voice mixed with a more rock and electric oriented music. The Snobs are a french duet formed by brothers Mad Rabbit and Duck Feeling in 2003. They produce records on their own and release them on their website for free. The latest, called Rhythms Of Concrete, was published last march. It puts together David Bowie/Brian Eno trilogy’s soundscapes, Miles Davis’ mechanical grooves from 1972’s masterpiece On The Corner, with a bit of Can’s Holger Czuckay collage science.
Dalachinsky and The Snobs met in winter 2011 in Paris to record some vocals for the project. With the first coming back to New York few days later, french duet had the freedom to process with sounds just like Dalachinsky did with words: they used edits, collages and experiment to create the most cohesive work. Duck Feeling plays all the instruments on the record: guitar, bass, sitar, electronic organ, psychedelic effects, percussion instruments made with petrol cans or metal sheets. There’s also trumpet and xaphoon - which provides a lovely oriental tone to the first musical suite - contributions by friend of the band’s Devil Sister. Mad Rabbit produces by using the studio tools like compositional instruments. He sorts the best parts of the music and the words out to form something cohesive and moving.
"Massive Liquidity" presents two twenty minutes musical suites made of various influences: 1969’s Miles Davis’ instrumental freedom hit Einstürzende Neubauten’s industrial and elegant sense of rhythm. Psychedelic effects are both essential and measured to let a strict groove between James Brown and Arnold Schoenberg happen. Dalachinsky’s voice is the narrative element: it can be a gentle whisper at a moment and turn into a wild and menacing raucous noise just few seconds later. Words and music interact, they sometimes hurt each other or simply become one only powerful and moving sound. The record’s closing belongs to the voice, which seems to clarify the violent and cosmic experience the listener just had: "It’s his head now… Pull the trigger".

samedi 19 février 2011

Jessie Evans .Olympia de Paris 7 Juillet 2010-


Maintenant et autrefois. 4-Jessie Evans-

Ah Jessiiieee! L'album "is it fire"est bon ,mais sur scène c'est excellent,surprenant,fascinant ,vraiment ! Exercice périlleux ce duo,Jessie Evans (...chant & sax) et Toby Dammit qui a été le batteur d'Iggy Pop et des Swans aussi je crois. Le public des Stooges est forcément resté en partie imperméable à la performance de cette fantastique artiste ;une sorte de fusion hypnotique de cabaret-électro-rock-dance-punk-Fela-James Chance-mariachis-Sun-Ra!!!!! !!!!!!

Johnny Hallyday le Dico - Hors Collection-

v


HALLYDAY est aussi un artiste, j'assume!


Je suis un passionné de musique,mais je n'oublie pas que ma passion pour le Rock a commencé en 1960 avec l'apparition en France de Johnny Hallyday . Quand on découvre très jeune ,à l'âge où l'on n'a pas encore de référence, un chanteur qui nous touche très profondément, même si ce n'est pas le meilleur interprète,on s'en fout,ce sont ses versions qui resteront gravé en nous.En écoutant plus tard les originaux,on pourra reconnaitre la supériorité de l'interprétation,mais on gardera souvent de la tendresse, de la nostalgie pour la première version écoutée.
Hallyday est une une porte d’entrée fascinante,vers d'autres musiciens,qui l'ont inspiré .
J'ai traversé le sud des Etats Unis le"Deep South" avec un ami écrivain qui préparait un livre sur Memphis,nous recherchions les disques, les pistes du passé ,les lieux,mais aussi les producteurs, les photographes, enfin les acteurs de cette histoire Blues,Soul,et Rock'n'roll.Toute la musique que Hallyday aime.
Je suis passé entre autre, au légendaire studio Ardent à Memphis,Big Star enregistrait son nouvel album ,c'est dans ce studio que Hallyday a enregistré en 1975 le disque "Rock à Memphis".
Cela m'a donné l'idée de faire un autre livre ,qui proposerait outre les infos sur Hallyday ,des pistes vers d'autres artistes qui l'ont influencé.
Soyons réalistes,Hallyday est très populaire,mais le grand public,les médias,et même curieusement de très nombreux admirateurs et fans,connaissent surtout sa carrière depuis le milieu des années 1980.Les années "Star"en quelque sorte!
Hallyday est une star,mais aussi un artiste authentique,il s'est servi habilement des médias,mais n'a pas été fabriqué par eux .Il est parti de rien et s'est hissé en haut à force de travail,il a bati sa légende sur la scéne et pas ailleurs,il n'a pas eu peur pour cela de passer 250 jours par an sur la route, de scènes en scènes,d'hôtels en hôtels...
Le spectateur distrait et peu informé, ne voit pas les années de boulot et de sacrifices,mais voit juste le résultat qui lui semble clinquant!!! -Comme "le sot qui regarde le doigt qui montre la lune! "
Pourtant la "Star"n'est qu'une facette du personnage! Hallyday est aussi un grand chanteur,un showman exceptionnel,un compositeur,un musicien,un acteur,un véritable artiste.
C'est aussi un hédoniste dont la vraie vie,pleine de voyages ,de rencontres et de folies rock'n'roll,représente ce que beaucoup aurait voulu etre et n'ont jamais osé ...
On ne peut rien comprendre au phénomène Hallyday, si on ne connait pas le début de son histoire, dans le contexte de la France des années 1960.Ceux qui n'ont pas vécu cette époque,on souvent du mal à le croire,il faut savoir qu'il a provoqué involontairement une véritable évolution,ou révolution culturelle en France pratiquement à lui seul, de 1960 à 1964.En 1960 Hallyday ,un gamin de 16 ans et demi déboule en France avec son groupe ,tel un commando .Avec lui en 1960 tout semble possible ,pourtant il n'a pas de message.Le rock'n'roll est moribond aux états unis remplacé par des teens idols,les groupes pop n'existent pas encore.Il y a un avant et un aprés Johnny Hallyday en France.
Ensuite les Anglais puis les Américains vont rapidement changer les règles du rock .Hallyday est très attentif à l'évolution de la musique, en 1966 il forme un excellent groupe "the Blackburds"(écoutez le cd "state of Micky and Tommy"sur le label Magic),il rencontre J.Hendrix ,il collabore régulièrement avec les musiciens Anglos saxon ,Spooky Tooth,Faces,Brian Auger,J Page.Il rencontre Jagger, Dylan,et les grands de la Soul.
On l'accuse injustement d'être un caméléon,mais il a vécu cela en direct, il a fait comme tous les musiciens Anglos-Saxon ,ils ont tous suivi l'évolution du Rock.
C'est la règle du monde,s'adapter ou crever, même les Beatles et Les Stones ont cédé au courant Psychédélique,et à la mode hippie!
Une grande partie de ce bouquin est consacrée,à la musique des années 1960 et 1970.C'est ma période préférée.
J'espère surtout donner l'envie aux amateurs d'être curieux et de découvrir ces musiciens qui ont influencé Hallyday.Et pourquoi pas de continuer les recherches par eux même...
Je vais me fâcher avec qui sur ce coup ? Ca me fait penser à Dylan qui répondait au questionnaire de Proust:
-Pour quelles fautes avez vous de l'indulgence?

- les miennes!!!

mardi 24 février 2009

ZWEISTEIN "TRIP.FLIP OUT.MEDITATION" KRAUTROCK


ZWEISTEIN "TRIP.FLIP OUT.MEDITATION" 3LP Philips 6630 002 (1970)

Purely by chance, I found this record in France at the beginning of 1970s, I knew nothing of this record,but I liked the incredible cover(which look like French Philips "prospective 21°siècle") with mirror on front cover...I listened to a lot this strange music,i could not decide if it was brilliant or boring and without interest, but I liked it very much ,and it's part of my life!!!
ZWEISTEIN is a phenomenal legend in just one album and one single.
ZWEISTEIN was an Experimental trio of Jacques Dorian, Suzanne Doucet and Diane Doucet.
"TRIP.FLIP OUT.MEDITATION",Experimental triple-album from 1970 , is one of the most extreme Krautrock albums ever made,one of the most rare and sought after album projects of this era.
"TRIP.FLIP OUT.MEDITATION",avant-garde ,improvisations ,sound collages ,distorted folk , primitive electronic experimentations, some listeners love this kind of inspired experimentations , the others find this 3 LP's really amateur and boring!!!
The Triple-Album was originally released in 1970 by Philips, in Germany the triple LP edition came in an Incredible fold out packaging with front embossing and silver-foil printing(which look like French Philips "prospective 21°siècle") with mirror on front cover. There was also a single which was co-produced with Christian Bruhn and released after the LP's . Peter Kramper the sound engineer who created special sound effects and mixed "TRIP.FLIP OUT.MEDITATION" was also Amon Duul’s engineer.

ZWEISTEIN:Line-up/Musicians - Jacques Dorian- Suzanne Doucet- Diane Doucet
Instruments played by Zweistein: disc 1 - electronic effects, guitars, drums, sounds, voices, organ and other instruments;
disc 2 - voice, drums and other instruments;
disc 3 - electronic effects, atommelodies, inductions, organ drums, flute, melodica, harmonica, voices, guitar clocks, steps, bells, barrel-organ and other instruments.
Additional:- Peter Kramper / sound, electronic effects- Jacques Dorian / lyrics, compositions, realisation
Releases information 3LP Philips 6630 002 (1970)Studio Album, released in 1970
Track Listings:
Disc 1:side1. In (19:52) - a. Beginning - b. Analysis Of Tune - c. To Hear Inside - d. A Very Simple Song
side2. Out (16:59) - a. Misty Tour - b. Water Sound - c. Television - d. Organ Dreams (A Very Simple Song)
Disc 2:side3. Wrong (18:03) - a. Children's Golden Dream - b. To Become A Child - c. Children's Golden Dream side4. Right (18:02) - a. Everything Returns - b. Indian Child - c. The Theory Of Relativity
Disc 3:side5. Point (18:08) - a. Atomical Fantasy (electronic) - b. Incarnation - c. Childhood's Church - d. Life Train - e. Dream Of Love And Death - f. Atomical Fantasy
side6. Circle (15:14) - a. Verdi's Soul Born Again - b. Mind Beat - c. Himalaya's Way - d. Heaven Bridge - e. Out Of Time - f. Atomical Fade Out------------------------------------------------------------------Bonus tracks on Captain Trip CD re-issue (2007)
:7. I'm A Melody Maker (single version)(3:37)8. A Very Simple Song (single version)(5:36)
Total Time: 104:38
3CD's +bonus- Captain Trip CTCD-583-585 (2007)
JAPANESE REISSUE:
An original LP design is reproduced at CD covered-size and it makes it to Paper Sleeve 3CD-Set. Sale schedule from Captain Trip Record on May 20, 2007.
1000 limited production first time.

lundi 23 février 2009

Acid Mothers Temple & the Melting Paraiso U.F.O. "Cometary Orbital Drive" 2009 CD & LP( bambalam.records)


"Acid Mothers Temple & the Melting Paraiso U.F.O." is a Japanese psychedelic band, formed in 1995. The band is lead by incredible guitarist Makoto Kawabata, initially formed Acid Mothers Temple with the intention of creating "extreme trip music" , a music that fused hard rock and electronic music.AMT being influenced by progressive rock, Karlheinz Stockhausen and krautrock.

New record CD&LP"Cometary Orbital Drive" on bambalam.records.

Acid Mothers Temple & the Melting Paraiso U.F.O. (The most prolific and widely-known of the various Acid Mothers Temple bands.)

Current 2009 members :

Tsuyama Atsushi – monster bass , vocals,cosmic joker

Higashi Hiroshi – synthesizer, guitar, vocals,dancin'king

Shimura Koji – drums ,latino cool

Kawabata Makoto – guitar, vocals ,speed guru." "Cometary Oribtal Drive"


New CD&LP.2009.Released by Bambalam.Records a French micro-indie label , Cometary Orbital Drive is nothing but a long suite based on a six-notes sequence. Behind the out-dated cover, you will find a booklet which explains that the riff has some magical power : it could be an opened door to the deepest part of your mind but it also could have been used in the ancient times for ceremonial and ritual things. Hmmm, you can laugh when you read such an esoteric promise, but when you listen to these wonderful seventy minutes, your mockery will changed into a real and big admiration. The first movement is called Light My Fire Ball and it seems like a groovy, modern vision of the electro-acoustic transgressions made by Can in Augmn and Peking O, on the Tago Mago LP. The atmosphere propels you into a mystic temple. The voodoo incantations by Atsushi remind the Damo Suzuki's wild voice. Planet Billions Of Light-Years Away reveals the theme of the six powerful notes (A-E-D-A-G-Db). Firstly calm and laidback, then energic and fast, it is more and more powerful and nervous. The sound is great, part flood in space guitars, part hooked by the catchy rhythms. But Circular System 7777777, the third movement of this symphony for heavenly riff, is completely new for Acid Mothers Temple. It is a kind of psychedelic dance song, with old-fashioned drum machine but so groovy, with reversed cymbals and sexy psychedelic breaks. The last chapter of Cometary Orbital Drive, called Milky Way Star, is a masterpiece. The song is a kind of musical illustration of the hyper-space, an intersideral rock trip. The tempo is panting, Makoto's soli are more beautiful than ever. The listening is shivering. We really can say these thirteen minutes are equal to the A side of the first Ash Ra Tempel record. The booklet didn't lie, these six-repeated-over-and-over-notes give bright and powerful sensations, with a krautrock purity that will make you dance to touch the stars. Maybe the best Acid Mothers Temple's album since Mantra Of Love, by Alien 8 Recordings. In any case, Cometary Orbital Drive is one these essential records from the Soul Collective, one of those which mix with talent great stellar riff, real groove, inspired experimentations and absolute cosmos.

Duck Feeling.

Acid Mothers Temple & the Melting Paraiso U.F.O. aux Mains d'Oeuvres de St Ouen, 19 novembre 2008 &" Cometary Orbital Drive"(bambalam.records)



Acid Mothers Temple & the Melting Paraiso U.F.O. aux Mains d'Oeuvres de St Ouen, 19 novembre 2008 &" Cometary Orbital Drive"CD & LP(bambalam.records)
Kawabata Makoto est un barde, un ermite médiéval catapulté dans le monde moderne. Il emmène depuis quinze ans ce qui semble définitivement être l'héritage le plus noble de la kosmische musik allemande des années 70. Acid Mothers Temple est né d'une communauté japonaise en 1995 dans l'idée sublime de recréer le cosmos en musique. Monsieur Makoto aime tripper dans le sens le plus pur du terme, sa raison d'être se trouve là-haut, au-delà des étoiles. Et si ses vinyles préférés l'ont emmené loin, ce n’était pas assez encore. Le Speed Guru Makoto décide alors de former sa propre machine à rêves.


Recrutant Higari Hiroshi comme joueur de moog et Dancin’King, et Cotton Casino comme chanteuse et réserve d’alcool, le groupe devient Acid Mothers Temple & The Melting Paraiso UFO et commence à enregistrer une musique extrême et parfaitement bruyante. Petits frères des Boredoms ou de Merzbow, leur premier album est une décharge électrique proprement hallucinante et épuisante. Celui-ci consiste en de nombreux collages de riffs tantôt aériens, piquant aux passages les plus calmes du Yeti de Amon Düül II, tantôt violents et proches d'un harshnoise à guitares. Les formations se transforment au gré des envies du Soul Collective, la communauté gravitant autour du groupe, et enregistrent, publient jusqu'à cinq albums par an. Certains ressemblent inévitablement à des jams interminables , mais d'autres rappellent le meilleur de Ash Ra Tempel, Amon Düül ou les collages expérimentaux de Stockhausen, usant avec talent de la transe répétitive. In C, sorti en 2001 chez Eclipse, est logiquement un hommage improbable au compositeur américain Terry Riley où une partition aérée en do majeur devient une cavalcade stellaire krautrock ! On trouve également des sommets du psychédélisme contemporain dans Mantra Of Love, édité par Alien8 en 2004, ou La Nòvia, par Swordfish en 2001, où Makoto nous présente son amour pour la musique traditionnelle et plus particulièrement celle des Pyrénées, la musique occitane. Reprenant des thèmes de la région, le groupe l'enrichit de leur groove rock unique, les transcendant complètement par des solos fascinants et infatigables. Makoto possède ce que l'on pourrait appeler une foi guitaristique. Comme il aime à le rappeler : "je ne fais que reproduire les sons que j'entends du cosmos". Il faut voir le prophète païen brandir son instrument comme une offrande au Dieu Rock, l'agiter par son vibrato, lui faire cracher les sons les plus extrêmes, les plus bruyants, les plus beaux.


C'est en 2004 après la parution d'une bonne vingtaine d'albums que le Melting Paraiso UFO fait une petite pause forcée par le départ de Cotton Casino, laissant le champ libre au dernier né du Soul Collective, le Cosmic Inferno. L'orientation est plus lourde et rock encore, le groupe s'augmente de Tabata Mitsuru des Boredoms à la basse à la place du génial Tsuyama Atsushi, et livre des albums en formes d'hommages au rock cosmique le plus lourd, de Hawkwind à Guru Guru en passant par Black Sabbath. Les potentiomètres sont certainement toujours dans le rouge, les oreilles de ces joyeux chevelus doivent siffler à jamais mais qu'importe, la puissance sonique coule définitivement dans leurs veines. Mais tout se complique en 2006 lorsque Makoto multiplie les projets : le Cosmic Inferno est définitivement lancé, le Melting Paraiso UFO reprend le chemin de la route et des studios, le barbu fonde Acid Mothers SWR avec Yoshida Tatsuya le batteur fou de Ruins, il se produit régulièrement avec Daevid Allen du groupe légendaire Gong sous le nom Acid Mothers Gong, pareillement avec Mani Neumeire de Guru Guru sous l’appellation Acid Mothers Guru, etc. Chacune de ces incarnations du Soul Collective ressemble à l’autre sans jamais être identique. La somme de toutes reflète la vision la plus fidèle de Makoto, mais ce sont bel et bien le Melting Paraiso UFO et le Cosmic Inferno qui s’approchent le plus du cosmos infini.


Et pour le toucher de nos propres doigts, il fallait être là le 19 novembre à Mains D'Oeuvres. Il faisait très froid en banlieue parisienne quand j'ai aperçu Makoto fumant une cigarette devant la salle. J'ai été rassuré, il avait toujours autant de cheveux qu'au concert donné à la Cité de la Musique il y a deux ans. Ces messieurs du Melting Paraiso UFO attendaient gentiment dans le salon chic de Mains-D'Oeuvres, prêts à vendre leurs nouveaux albums, Ces gens possèdent une aura, un charisme de vieux sages qu’on n’oserait approcher que pour leur annoncer quelque chose de fort et d’intense.
Stearica livre une première partie tout à fait convaincante. Si la musique instrumentale des trois italiens peut lasser sur disque par un manque de personnalité, sa puissance scénique paraît évidente : les breaks s'enchaînent, les larsens se multiplient, les frappes de batterie se font de plus en plus étouffantes, le groupe est présent. Le volume atteint un point de non-retour sonore et c'est sous des applaudissements nourris et mérités que Stearica quitte la scène.


De grands japonais en longues chemises amples en lin montent sur l'estrade. La scène est petite et c'est avec une excitation non dissimulée que l'on assiste à la mise en place de la cérémonie : Makoto branche ses pédales, Atsushi entame quelques gammes, le fidèle batteur Shimura Koji s’échauffe, Hiroshi fait vibrer le plafond avec son moog au volume indécent. Et c'est par le plus grand naturel que la balance se mue progressivement en une introduction au concert, les sons de synthétiseurs résonnent au-dessus de nos têtes et le groupe semble dans l’attente. Je ne peux pas dire ce qu'il s'est passé exactement si ce n'est qu'ils ont enchaîné brutalement deux titres ,en formes de déluges électriques et haletants. La batterie tapait vite, Makoto s'envolait déjà dans les hautes sphères de sa guitare. Acid Mothers Temple prouve d'entrée qu'il maîtrise son propos rock experimental.Acid Mothers Temple se plait visiblement à improviser ,très fort ,de longues plages instrumentales . Mais il faudra attendre l'immense Dark Stars In The Dazzling Sky pour palper les cieux. Il ne suffit que d'un riff, un riff de guitare en forme d'hymne psychédélique, sombre, classe à en mourir, pour voir s'agiter ces messagers d’un autre monde. Hiroshi, le dancin’king, s'agite avec souplesse, quitte le sol, balance ses bras, pointe des étoiles imaginaires au plafond, Makoto caresse sa guitare. Les frissons m'ont parcouru l'échine parce que j'ai commencé à sentir quelque chose. Cette espèce de force qui propulse chaque son de guitare dans notre inconscience la plus profonde, cette force qui oblige à danser, cette puissance qui force le trip. Enchaîné au morceau stoner Cosmic Soul Death Disco, la suite psychédélique s'arrête après une dizaine de minutes d’une puissance inégalée. Et c'est avec un gigantesque sourire que l'on découvre que ces héros sont humains, ils plaisantent, ils sourient, ils discutent, ils sont d'une gentillesse incroyable. Le bassiste démarre alors le thème de La Nòvia, dans un patois unique et étrange, mélange de chant diphonique et yaourt béarnais. Makoto et Hiroshi s'ajoutent pour former la chorale la plus inattendue de la soirée. Le thème s'arrête pour mieux être perverti : Makoto enclenche sa fuzz et bazarde le motif occitan avec la nonchalance rock'n'roll la plus cool qui soit. La batterie groove comme jamais et le medley avec La Le Lo devient évident. Il s'agira là du tube chanté d'Acid Mothers Temple, aux relents de musiques bretonnes, mais chahuté par la brutale ampleur sonore.
C'est avec la dernière suite que le concert prendra son envol définitif. Makoto improvise d’abord quelques arpèges et s’amuse avec le thème de The End des Doors, Atsushi délire et se prend pour une sorte de Jim Morrison fermier ! Mais s'il ne devait rester qu'une oeuvre d'Acid Mothers Temple, il s'agirait certainement de cette Pink Lady Lemonade qui suit l’épisode humoristique du concert. Ce morceau de bravoure "composé" par vision dans un temple bouddhiste par Makoto reprend l’harmonie stellaire de She Came Through The Chimney d'Amon Düül II en l’agrémentant d’élégants ornements. Deux accords arpégés et en route vers les étoiles ? C'est toujours difficile à croire mais c'est encore bel et bien ce qui s'est produit ce soir là. Difficile à croire aussi que tenir ces mêmes arpèges pendant dix minutes puisse produire autant de bien être sur nos corps envoûtés par le chant du cosmos. Et pourtant ! Une sensation de pureté, de lumière, de sublimation totale m'a envahi et c'est bien malgré moi que le morceau a évolué vers une folie psychédélique. C'est ce moment qu'a choisi Makoto pour brandir sa guitare pour lui faire chanter la bonne parole, Makoto n'attaque pas ses cordes, il abuse de son vibrato, sexuel ; son instrument laisse couler les mélodies les plus pures. L'émerveillement est à son comble, le volume est déjà trop fort, il plane dans des sphères que nous ne pensions jamais atteindre, quand Makoto enchaîne son hymne au cosmos suprême à sa nouvelle suite "Cometary Orbital Drive", véritable transe krautrock réduite ici à dix minutes. Les couches s'ajoutent, il n'y a pas de place pour des solos, chaque homme est une partie de la machine épuisante. Je remue dans tous les sens pour accompagner cette rafale. Makoto décide de conclure, il malmène sa guitare, il crache ses derniers larsens, fracasse son instrument, menace de lui briser le manche, fait tournoyer son câble : le bruit est à son paroxysme. Ce soir, Acid Mothers Temple est le rock.
Il est minuit, cela fait plus de deux heures que le groupe est monté sur scène et c'est avec un sourire sincère qu'il nous quitte. J'aimerais tellement que tout cela soit éternel. J'ai vécu là ce qui semble être l'expérience, le trip cosmique ultime. Ce que le rock a créé, Acid Mothers Temple le transcende.
Nous étions une bonne centaine à avoir été convertis au paradis extraterrestre ce soir-là. Les enregistrements du Soul Collective ne sont qu'une facette de cette porte vers les étoiles, et pourtant, leur dernier album en date, "Cometary Orbital Drive" semble être la preuve la plus fidèle de l’expérience Acid Mothers Temple. Édité par le label bordelais Bam Balam Records, associé au disquaire du même nom, l’album n’est qu’une longue suite fondée sur une séquence de six notes dont les bienfaits sont expliqués dans le livret : celle-ci ouvrirait les portes de l’inconscience et aurait été utilisée depuis l’antiquité à des fins rituelles et magiques. Hmmm, on pourrait rire à la lecture de telles promesses ésotériques, mais l’écoute de ces soixante-dix minutes sublimes remplacera aisément le rictus amusé par un sourire béat et frissonnant. La première partie Light My Fire Ball ressemble à une version moderne et groovy des transgressions électro-acoustiques de Can sur Augmn et Peking O. L’ambiance est celle d’un temple mystique et les incantations vaudoues lâchées par Atsushi ne sont pas sans rappeler la sauvagerie vocale de Damo Suzuki. Ce n’est qu’à la deuxième partie Planet Billions Of Light-Years Away que le thème des six fameuses notes (A-E-D-A-G-Db) s’installe. D’abord tranquille et nonchalant, puis tempo accélérant, de plus en plus puissant et effréné. La production est grandiose, à la fois noyée dans les couches de space guitares tout en restant parfaitement jouissive dans sa dynamique. Mais c’est bien Circular System 7777777, le troisième mouvement de cette symphonie pour riff céleste, qui apporte une certaine nouveauté chez Acid Mothers Temple. Il s’agit là d’un morceau de dance psychédélique, aux boîtes à rythmes usées mais génialement efficaces, aux cymbales inversées et aux breaks à tomber.La conclusion de Cometary Orbital Drive, la dernière partie Milky Way Star, est une perfection, une mise en musique du cyberespace, un trip rock intersidéral. Le tempo est haletant, les solos de Makoto sont plus beaux que jamais et c’est avec des frissons que l’on écoute ces treize minutes les plus dignes de la face A du premier Ash Ra Tempel. Le livret du disque ne mentait pas, ces six notes répétées inlassablement au cours du disque procurent des sensations puissamment lumineuses, d’une pureté krautrock à danser jusqu’à toucher les étoiles. Le meilleur album depuis Mantra Of Love ? Cometary Orbital Drive fait, en tout cas, partie de ces disques essentiels du Soul Collective, parmi ceux qui conjuguent avec talent riff stellaire jouissif, groove implacable, expérimentations inspirées et cosmos absolu.
Et tout de même, si vous écoutez Milky Way Star, n'oubliez pas de pousser le volume trop fort, c'est important. Vous pourriez peut-être toucher l'absolu du bout des doigts...
Duck Feeling